SEGOLENE ROYAL DANS LA CITE DU ROI RENE
Ségolène Royal continue à creuser le clivage gauche-droite et oppose son projet d'une "France neuve" à la société "repliée sur elle-même" dont Nicolas Sarkozy serait le héraut.

Contrairement à la veille à Marseille, la candidate socialiste à l'élection présidentielle a réservé ses flèches au seul candidat de l'UMP.
Lors de son meeting marseillais jeudi soir, elle avait classé François Bayrou et Nicolas Sarkozy sous une seule et même dénomination, "les deux candidats de droite".
A un mois du premier tour, Ségolène Royal s'est présentée comme une "femme libre, ancrée dans (s)es convictions de gauche mais ouverte sur le socialisme du réel".
Mais à l'heure où le candidat centriste séduit une frange social-libérale du PS, Ségolène Royal a insisté sur son intention "de rassembler bien au-delà des partis politiques".
Dans une avenue d'Aix-en-Provence bordée de platanes, elle a eu "envie" de citer une "belle pensée" du peintre Paul Cézanne, natif de la ville et chantre de la Sainte-Victoire voisine.
"Lorsqu'on a une envie d'absolu, on échappe à la médiocrité", a-t-elle déclaré juchée sur une petite estrade devant la section socialiste de la ville. "Et je crois que c'est cela dont a envie la France, une sorte d'envie d'absolu".
"Elle décline la France aujourd'hui", a-t-elle estimé. Les Français, "on les divise, on les dresse les uns contre les autres"
"Je ne veux plus d'une France repliée sur elle-même qui a peur des autres et donc qui s'enfonce dans le communautarisme, dans l'individualisme, dans les discriminations", a insisté Ségolène Royal devant plusieurs centaines de personnes.
"Je vous propose de construire, une France fière d'elle-même, qui se relève, une France neuve, bien au clair sur ses valeurs (...) appuyée sur des solidarités solides", a-t-elle expliqué, déroulant les principales mesures de son "pacte présidentiel".
Ses "100 propositions" permettent "la construction de toutes les sécurités contre toutes les formes d'insécurité et de précarité que nous laisse la droite", a-t-elle assuré.
JEUDI SOIR AU DOME à MARSEILLE
« JE NE VEUX PAS que le 22 avril ressemble au 21 avril. » D'emblée, hier soir au Dôme de Marseille, devant plus de 6 000 personnes massées dans la salle, sans compter celles qui l'écoutaient dehors dans le mistral, Ségolène Royal a sonné le tocsin. « J'ai senti gronder la colère des Français, j'ai senti que le doute à l'égard de la politique ne s'était pas apaisé, j'ai entendu ceux qui s'imaginent encore que la politique n'est qu'une suite de promesses non tenues », a-t-elle expliqué à la foule, en lui annonçant qu'elle voulait lui « parler avec gravité ».
Une gravité qui a culminé à la fin du meeting. Royal, qui venait de terminer son discours par un « vive la République, vive la France », est revenue au micro avant que la sono n'envoie la Marseillaise, pour défendre l'hymne national.

« Pas de malentendu, dit-elle, la Marseillaise, c'est le chant de la lutte contre toutes les forces de la tyrannie. C'est le chant que Louise Michel faisait chanter à ses élèves tous les matins et tous les soirs, et, à chaque fois, elle ne pouvait s'empêcher de pleurer. Ne faisons pas de contresens. Ce n'est ni un chant sanguinaire, ni un chant xénophobe. C'est le chant de ceux qui risquent leur vie pour la liberté. » Celui « du message universel de la France qui est, plus que jamais, d'actualité », explique-t-elle, tranquillement mais fermement, avant d'inviter, avec succès, la salle à chanter en choeur. Ce qu'elle fera par deux fois, avec enthousiasme. Et, grande première pour elle, Royal sort de la salle en fendant la foule.
SIFFLER OU NE PAS SIFFLER L'ADVERSAIRE ?
Jeudi, devant 8.000 Marseillais, Ségolène Royal a dérogé à son principe de ne pas citer nommément Nicolas Sarkozy.
A l'évocation du ministre de l'Intérieur, attendu dans la cité phocéenne lundi, la salle s'est mise à huer avant d'être interrompue par la candidate. Ni "ouh" ni "attaque personnelle" dans ses meetings, a-t-elle réclamé.
A Aix-en-Provence, le public s'est mis à siffler dès que le candidat du PS aux élections législatives, Alexandre Medvedowsky, a appelé au "combat" contre Nicolas Sarkozy.
"Non pas de ouh!", a-t-il plaidé avant de se tourner vers une Ségolène Royal tout sourire. "Ah si, alors, un petit peu de ouh, dehors!", a-t-il ajouté, déclenchant l'hilarité des militants.
UNE MATINEE CONSACREE A LA MEMOIRE

Dans la matinée, la candidate du PS a visité le "Camp des Milles", près d'Aix-en-Provence, où transitèrent 10.000 personnes sous Vichy, dont 2.500 furent déportées vers Drancy et Auschwitz.
Devant l'ancienne usine de briques, "étape d'ombre" de l'histoire de France, elle a de nouveau fait allusion à l'identité nationale, dont elle n'entend pas laisser le monopole à son adversaire de droite.
Entourée des représentants de tous les cultes et du président du Crif régional, accompagnée de Jean Noël GUERINI, Michel VAUZELLE, Jean François PICHERAL et André GUINDE elle a souligné l'importance des lieux de mémoire, indispensables pour "comprendre comment des Français ont pu déporter des Français mais aussi beaucoup d'étrangers (...) qui quittaient le fascisme de leur pays".
"Je crois que cela fait réfléchir sur l'identité française (...) C'est en ayant le courage de regarder notre histoire en face que nous pouvons continuer à forger notre identité nationale", a-t-elle déclaré dans la cour du grand bâtiment rose.